Le Dernier Écho de Notre Existence – Tome 1 & 2

L’auteur du manga Le Dernier Écho de Notre Existence, Ohtagaki Yasuo, est un mangaka passionné de robots et gundams en tous genres. Ohta Yuuki est quant à elle une mangaka illustratrice qui adore la science-fiction et l’horreur. Elle est également enseignante dans une école d’art et de design. Pourtant, dans le présent ouvrage, aucun gundam, ni vaisseau spatial ou scènes d’horreur au sens littéral. Ici, nous assistons à l’humanité au crépuscule de son existence et aux choix qu’il faut faire (ou ne pas faire) dans un moment tel que celui-ci. Prépublié entre 2015 et 2016 au Japon, cette histoire en deux tomes sort enfin chez nous cet été 2025 et nous promet de belles remises en question et des montées d’émotions.

Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.

« Dans dix mois, nous assisterons à l’extinction définitive de l’espèce humaine. »

Le présentateur TV annonce sans détour la collision prochaine d’une météorite et de la Terre, et avec elle, sa destruction.

Delcourt – Tonkam

Pour le Meilleur et Pour le Pire

Le Dernier Écho de Notre Existence est un diptyque qui nous raconte l’histoire de différents personnages qui ont parfois un lien entre eux, parfois non. Nous apprenons au début du premier tome qu’une météorite va entrer en collision avec la terre dans dix mois, et qu’aucune solution n’est possible. Les habitants doivent alors se résigner à mourir lors de l’impact avec cette dernière. Une société gouvernementale japonaise, Ginga Rocket, est créée et propose aux habitants d’envoyer une lettre qui sera transférée sur un support plus résistant, pour être ensuite envoyé dans une fusée pour laisser une trace de l’humanité sur Terre. Chacun reçoit un formulaire à remplir dans sa boîte aux lettres, et c’est ici que les histoires commencent.

Le premier tome de cette histoire dramatique se divise en 3 chapitres (dont deux alloués à un même personnage), alors que le tome deux se veut déjà un peu plus conséquent avec ses six chapitres (dont trois alloués à une même histoire, et trois autres à un même personnage), plus un épilogue. Chaque histoire nous expose la vie du protagoniste au moment des faits. Cependant, bien qu’il y ait quelques flashbacks sur des moments clés de leur vie, le but de chaque chapitre est de suivre le déroulement des pensées et actions du personnage au présent, et ce afin de comprendre le sens et la complexité de ce qu’il va laisser sur sa lettre d’adieu. Complexité que nous serons les seuls, lecteurs, et personnages concernés, à percevoir.

De plus, dans le premier tome, nous suivons des personnages lors des six premiers mois qui suivent l’annonce de l’impact, là où dans le second tome nous commençons avec une histoire où il reste à peine cinq mois avant la date fatidique, ce qui ajoute une tension supplémentaire, une réflexion et prise de conscience différente, tant de la part des protagonistes que de nous, en tant que lecteurs

Dans cette ambiance chaotique, le gourvernement japonais décide de créer la « Ginga Rocket ». Cette fusée a pour but de récolter les derniers messages des humains pour les envoyer dans la Voie Lactée et laisser ainsi une trace de leur existence.

Delcourt – Tonkam

The End of the Words

Une chose est sûre, les pochettes attirent vraiment le regard, avec leur effet nacré et brillant du plus bel effet, les tons froids et foncés qui rappellent un ciel étoilé, et l’illustration sur chaque tome qui est pleine de tendresse et de poésie. Avec une jaquette si onirique, on a du mal à imaginer le drame qui se joue dans ces pages. L’intérieur n’est pas en reste et nous propose de jolies planches, bien que dans un style assez classique, surtout en ce qui concerne les chara design. Beaucoup d’espace vierge est laissé dans les planches, ce qui permet, en plus d’aérer les espaces, de reprendre son souffle, tant certaines histoires sont poignantes. Cet espace permet aussi de laisser une place à la réflexion, aux pensées.

Sans surprise, le focus est fait sur les visages, les expressions, quelles qu’elles soient. Ces dernières sont bien rendues et pleines de justesse. On comprend parfaitement le sentiment qui habite le personnage dessiné. Malgré certains moments de tension, les artistes ont fait le choix de plonger l’ensemble des planches dans des trames aux valeurs très claires, dégageant ainsi une impression générale de douceur et de calme. Tous ces degrés de gris, qui ne tirent dans le foncé que très rarement, donnent une impression un peu brumeuse, comme si ce que nous lisions n’était déjà plus qu’un souvenir, ou les images floues que notre esprit formerait en lisant les lettres des protagonistes si nous avions l’occasion de les trouver. Une belle réussite visuelle en tous les cas.

Que peut-il bien rester dans le cœur de chacun de nous lorsque nous savons que nous approchons de la fin ? Un authentique voyage au cœur d’un drame humain.

Delcourt – Tonkam

Apocalypse Flow

Grande amatrice de dilemmes moraux et de jeux à choix, où ces derniers ont un impact sur la suite des événements, Le Dernier Écho de Notre Existence m’a beaucoup plu dans la profondeur des personnages, les choix auxquels ils se retrouvent confrontés, ou encore leur résilience face à l’horreur qui les attend. En effet, les pages de ces deux tomes sont remplies d’amour autant que de haine, car, ce n’est plus à prouver, l’espèce humaine est vraiment capable du meilleur comme du pire, surtout dans une situation de crise sans précédent. Nous avons malheureusement quelques exemples dans ces deux livres.

Poser l’humain devant un tel dilemme, contre lequel il ne fait pas le poids, force à l’humilité, qualité qui fait souvent défaut à notre espèce. Mais au-delà de ça, les histoires peuvent plus ou moins résonner en nous pour diverses raisons, réveiller notre empathie pour toutes ces personnes présentes dans le manga et dont l’histoire est racontée. Mais une chose est sûre, elles auront le point commun de nous faire nous poser des questions, de nous offrir un fort moment d’introspection et de réflexion, que ce soit sur nous-même ou sur le monde. J’émettrais cependant une critique en ce qui concerne la traduction, qui ne contient jamais le “ne” des négations, ce qui m’a beaucoup perturbée au cours de ma lecture (en effet, au lieu d’écrire “je ne fais pas ça” par exemple, nous nous retrouvons avec un “je fais pas ça” quelque peu disgracieux).

Autant pour certaines phrases cela ne pose pas trop de soucis de compréhension, autant pour d’autres je devais revenir dessus pour intégrer la négation à la phrase, et donc en comprendre le sens voulu par l’auteur. Malheureusement, impossible de savoir si ce choix grammatical était déjà présent en japonais ou s’il s’agit d’une liberté prise pour la traduction.

Pour conclure…

Cette histoire en deux tomes qu’est Le Dernier Écho de Notre Existence met en lumière l’humanité dans ce qu’elle a de plus beau et de plus laid, à travers le quotidien de divers personnages. Le tout est servi par un véritable talent artistique qui parvient à donner une vraie belle touche de poésie à toutes ces vies dont nous entendons les dernières phrases. Et vous, quels seraient vos derniers mots avant la fin du monde ? 

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